Boris Cyrulnik – rapport à la mort

Transcription de la vidéo

Quel est votre rapport à la mort ?

 Alors je n’y pense pas depuis longtemps, mais comme j’ai quatre-vingt-trois ans je commence à me dire qu’il ne me reste que cinquante ans d’espérance de vie, donc je commence à y penser. Ça m’embête que je ne puisse pas la maîtriser. C’est-à-dire que je ne sais pas quand elle va frapper, quand elle va arriver, comment elle va frapper. Alors ça, ça m’embête. Je l’accepte, parce que si j’ai la chance de mourir, c’est parce que j’ai la chance d’avoir été vivant. Il n’y a que les vivants qui meurent. Si on n’est pas vivant on ne meurt pas, donc c’est un privilège de mourir. Je vous dis ça sur le plan théorique, mais sur le plan pratique j’aimerais bien négocier encore un peu. Ça m’embête de ne pas maîtriser comment ça va se passer, et je pense que c’est la mort qui donne sens à la vie. Si on était immortel, il n’y aurait pas d’événement, donc on n’aurait pas de sensations et la sensation d’être en vie. Puisque je savais que j’étais mortel, il fallait que j’organise ma vie tout de suite. L’enfance, la survie, l’adolescence, le projet d’existence, la vie, les enfants. La mort donne sens à la vie. Ceux qui n’arrivent pas à donner sens à la vie auront des angoisses de mort, les jeunes surtout. Maintenant je n’ai pas d’angoisse de la mort, puisque c’est inexorable. Je n’ai pas l’angoisse mais j’ai le désagrément de penser que je n’aurai pas la maîtrise de l’événement. Ça risque de m’échapper et je risque d’être soumis à des choses sans dignité, que je ne pourrai pas contrôler. Ça m’embête. Mais sinon, le reste, voilà, j’ai la chance d’avoir été vivant, donc il faudra bien que cela se termine par la mort.

 

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