Boris Cyrulnik – définition

Transcription de la vidéo

Comment définiriez-vous l’éthique ?

C’est l’aptitude à se représenter le monde d’un autre et à nous impliquer dans le monde d’un autre. Donc on est responsable de ce qu’est l’autre.

Comme je suis médecin je vous propose deux minutes de biologie et de neurologie, mais pas plus. Beaucoup d’êtres vivants n’ont pas de cortex ou ont un croisement de dix, vingt, trente mille neurones. Ils ne peuvent répondre qu’aux informations du contexte. Une sangsue ne peut que fuir la sécheresse, fuir la lumière, fuir la chaleur, se réfugier dans l’humidité et à l’ombre. Elle répond au contexte. Dès que le cortex apparaît, l’être vivant - animal, humain - devient capable de répondre à des informations qui ne sont pas dans le contexte. Et nous, êtres humains, les mammifères humains, peuvent répondre à une intention. Les chimpanzés peuvent construire une canne à pêche, la traîner pendant trois kilomètres pour aller manger des termites. Nous, êtres humains, avons cette capacité et, en plus, puisqu’on parle, nous avons la capacité de nous représenter les représentations d’un autre. Je crois qu’il croit. Je ne suis pas du tout dans le monde des perceptions, je suis uniquement, essentiellement dans un monde de représentations, ce qui permet de croire en Dieu, ce qui permet de faire des œuvres d’art, ce qui permet de répondre émotionnellement à des informations impossibles à percevoir. On crée un monde humain par notre aptitude à la parole et par notre aptitude à imaginer le monde des représentations d’un autre. Je me représente ce que vous vous représentez. Et là on entre dans le domaine de l’éthique humaine, c'est-à-dire que là « je suis responsable de ce que vous êtes ».

 

 

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