Serge Lama – notoriété

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Transcription de la vidéo

La notoriété n’est-elle pas difficile à vivre quand on a une éthique forte ?

Ce qui est difficile, c’est de gérer la réussite, parce que ce qui est terrible dans la réussite, ce qu’on appelle la réussite, la gloire, c’est qu’elle vous arrive d’un seul coup. Vous êtes rien et tout d’un coup vous êtes tout. Des gens qui ne m’appelaient pas la veille m’appellent le lendemain pour me dire que je suis indispensable, que  sans moi ils ne peuvent pas faire l’émission, etc. J’ai vécu ça. Je suis devenu… on ne disait pas star, à l’époque, on disait vedette. C’était plus modeste et c’était plus juste. Je suis devenue vedette en un seul soir.  

À partir de là toutes les salles ont été bourrées jusqu’à la gueule pendant des années, des décennies même, une décennie et demie et je ne sais pas vous expliquer pourquoi ni comment. C’est comme ça que c’est arrivé et ça il faut le gérer et il faut gérer cette chose-là, parce que vous pouvez vous croire le roi du monde. C’est dur, quand tout le monde vous dit : « Vous êtes le plus beau, le plus ceci, le plus cela ». Il faut un certain sens de l’éthique pour se dire « non, je ne suis pas quand même le roi du monde. Je suis un chanteur qui a du succès, je suis un chanteur populaire, un chanteur célèbre » et essayer de remettre les choses dans leurs proportions. Ce qui a été le plus difficile, au bout du compte, c’était Napoléon, parce que Napoléon a été un triomphe inimaginable. J’aurais pu jouer dix ans Napoléon, mais je savais que si je continuais, j’ai été Napoléon et c’était fini. Alors j’ai arrêté au bout de trois ans, mais ça a été le triomphe. Là j’ai été une star. Pour moi messieurs, c’est là que je suis devenu une star Et là c’était encore pire, c’était incroyable. Il faut arriver à passer ces périodes, où on est déstabilisé, parce qu’on est des humains, on est déstabilisé par le pouvoir que ça vous donne, par la violence que ça génère. Il faut sortir de ça, et une fois que c’est arrêté tout ça, vous ébrouer longuement. Ce n’est pas facile du tout de sortir de ça.

Qu’est-ce qui vous a aidé à en sortir ?

Après Napoléon j’ai été sauvé par le théâtre. Françoise Dorin avait écrit une pièce qu’elle avait donnée à Jacqueline Maillan, qui avait eu beaucoup de succès. Elle s’appelait La Facture et au départ elle l’avait été écrite pour un homme. Le personnage était un joyeux drille - et les gens croyaient que c’était ça que j’étais à l’époque, ce que je ne suis pas du tout – et elle a pensé à moi. Donc, à partir de là les théâtres se sont ouverts. On a joué ça aux Bouffes Parisiens avec succès, on a fait une tournée avec succès. Et là j’ai appris la modestie, parce que les comédiens vous l’apprennent. Vous avez un metteur en scène, d’abord, qui vous dit « Non, ça c’est pas bon, faut pas le faire ! » « Ah bon c’est pas bon ? Je n’ai pas tous les droits ? Comment ça se fait ? » Parce que quand vous êtes seul, chanteur, vous croyez que vous avez tous les droits et vous les avez d’ailleurs. Et là il y a quelqu’un qui vous dit « Non ça c’est pas bien, ce geste est mauvais, t’assois pas là, tu te lèves là ! » et ça m’a appris beaucoup, et c’est là que j’ai compris… J’expliquais ça à Marion Sarraut tout à l’heure. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que je me mettre au service de l’auteur que j’étais et non plus que le chanteur prenne le pas dessus, que ce soit plus fort que l’interprète. Et à partir du moment où j’ai fait du théâtre et que j’ai compris ça, ma façon de chanter a changé et tout a été différent. J’ai respecté les chansons qui ne demandent pas toutes de faire de la voix, qui ne demandent pas toutes d’être chantées comme un air d’opéra, etc. Et ça a changé beaucoup de choses.  

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