Guy Bedos – définition de l’éthique

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Transcription de la vidéo

Qu’est-ce que l’éthique pour vous ?

Ce n'est pas un mot que je prononce volontiers parce que je le trouve un peu hautain, mais je suis "le Monsieur Jourdain de l’éthique". Je suis préoccupé d’éthique, parfois sans le savoir. N’étant pas chrétien pratiquant, ni religieux d’aucune sorte, j’ai le sentiment d’avoir remplacé la foi par la conscience, et c’est plutôt de conscience dont je parle. Je pense par exemple que dans ma vie de père de famille, c’est une notion qui compte pour moi. Il n’y a pas d’éducation, la meilleure éducation c’est l’exemple. Ça fait un peu bon genre ce que je dis, mais je m’en fous. C’est vrai, c’est vrai. L’intégrité, le respect de soi.

Qu’est-ce qui dans votre vie vous a sensibilisé à l’éthique ?

Je viens d'ailleurs, je viens d’Algérie, et je suis né dans une famille, pas toute la famille mais ma famille proche, qui était raciste, antisémite, etc. ; puis j’ai eu la chance de rencontrer une institutrice qui m’a appris les droits de l’homme quand j’avais sept ans, et je suis aujourd’hui délégué de la Ligue des Droits de l’Homme. Et d’une certaine manière je ne fais que répéter les choses que l’enfant ressentait. Je dis souvent qu’il ne faut jamais assassiner l'enfant qu'on a été.

Mes parents n’étaient pas tout à fait mes parents, puisque l’un des deux n’était pas mon père. Il ne m’aimait pas beaucoup et je ne l’aimais pas beaucoup, et j’avais mes raisons, et il avait les siennes aussi. Il paraît que je ressemblais beaucoup à mon père, mais comme mon père était très distrait, je ne l’ai pas beaucoup vu. Ce n’est pas que je veux étaler mes relations, mais j’ai comme ça des parrains, marraines, appartenant à ce que l’on peut appeler l’intelligence et le savoir. Il y a eu des conversations avec Bourdieu, avec Michel Onfray, et j’ai publié ce livre qui s’appelait Mémoires d’outre mère – jeu de mot puisque je suis né en Algérie –, où je raconte… J’avais plus de soixante-dix ans, je me suis mis à raconter mon enfance, puis ma jeunesse, puis après j’ai mélangé le présent, le passé, etc. C’est vrai que je reviens de loin, et je me suis construit contre ce que j’ai subi, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, tout à l’inverse. Dans mes relations aux autres : par exemple, chez moi on se tapait dessus, mon père tapait sur ma mère, ma mère me tapait dessus. Moi je ne frappe pas mes enfants, ma femme ou les femmes, je n’ai jamais fait ça. Il y a comme ça des bornes qui sont bien établies pour toujours : on ne fait pas ça, quoi, voilà, on ne fait pas ça ! Et c’est vrai que, d’une certaine manière, je peux presque remercier ces gens-là – je parle de mes deux parents, ma mère et mon beau-père –, parce que justement ils m’ont donné un contre-exemple épatant. Je sais exactement ce qu’est le contraire de ce que je déteste.

Pourquoi pensez-vous que le mot éthique a quelque chose de hautain ?

Parce que j'ai peut-être croisé des gens qui en faisaient un usage un peu excessif, de ce mot. Et que je le trouvais suspect.

Vous avez un exemple ? Sans citer de nom, mais … un cas.

Il me semble qu’il y a des mots qu’il faut prononcer avec modestie. Mais cela vient peut-être de moi, du fait que je ne suis pas un universitaire, j’ai fait Science-Po dans Molière, Marivaux, Shakespeare, et Beaumarchais. Voilà ! J’ai été très vite au théâtre, ma culture est un peu hasardeuse, et donc il y a des mots comme ça qui me paraissent… C’est un peu pour les mêmes raisons que pendant des années je n’osais pas aller à l’opéra, par exemple ; je disais : « C’est pas pour moi. L’opéra c’est pas pour moi. » Et puis je suis allé à l’opéra, parce que j’ai épousé une femme qui a une formation de danse classique et l’opéra c’est un théâtre comme les autres. Ça c’est une notion qui existe. Il y a beaucoup de jeunes gens qui ne vont jamais au théâtre, par exemple, parce qu’ils pensent que ce n’est pas pour eux. Ils pensent que le théâtre c’est pour des bourgeois bien installés, etc. et ils sont intimidés, d’une certaine manière. Ce n’est pas que cela ne les intéresse pas, mais qu’ils pensent que ce n’est pas pour eux. Et ce mot-là, éthique… C’est pour ça que j’ai très vite bifurqué sur le mot conscience, qui me semble plus familier. Conscience, intégrité, une certaine image de soi. Non, mais l’éthique, je sais ce que ça veut dire !

Entretien réalisé le 30 novembre 2007

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