Claudie Haigneré – éthique et temps

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Transcription de la vidéo

La prise de conscience de la fugacité de la vie peut-elle aider à renforcer l’attention qu’on porte à l’éthique ?

C’est vrai que la notion de temps, de temps rapide, c’est quelque chose de très, très important dans notre société aujourd’hui, surtout dans ce XXIe siècle. A la fois le temps aboli par les technologies de l’information, de la communication aujourd’hui, l’accès à des mondes virtuels, qu’on a parfois un peu du mal à dissocier de la réalité. Je crois que c’est de notre devoir, nous adultes, de recadrer la réalité, justement, avec toute la liberté mais aussi le cadre qu’elle doit imposer dans le respect des autres. Il faut parfois qu’on ramène effectivement les jeunes gens autour de nous à ce monde qui est le nôtre, dans lequel ils doivent avoir une place à trouver. C’est vrai qu’aujourd’hui, moi j’ai une enfant de dix ans qui se passionne pour tout ce qui est la littérature fantasy qu’on a aujourd’hui, qui vous donne accès à d’autres mondes. Non, c’est très poétique ça, mais il faut que nous, parents, on dise: « On a des autres mondes dans notre imagination et je suis quelqu’un qui continue à vous étonner, à vous émerveiller, imaginer », mais pouvoir faire le rapport entre cette réalité et tout ce qui est de l’imaginaire, de l’imagination et du virtuel dans certains cas.

Alors, c’est non seulement une question de temps, mais une question d’espace dans lequel on se situe. Savoir bien quel est l’espace de la vie quotidienne, c’est un premier point, et de la vie qu’on se prépare. Et ensuite, la notion de temps. Je crois qu’il faut trouver le bon équilibre entre le temps immédiat, parce qu’il faut être réactif dans le monde dans lequel on est aujourd’hui. Si on ne saisit pas l’opportunité, on les rate toutes les opportunités, les portes entrouvertes. Moi, en tant que femme, dans la carrière scientifique, je peux le dire : si je n’avais pas poussé les portes quand les opportunités se présentaient en me disant « Mais pourquoi pas moi, maintenant, tout de suite ? », je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Donc, ça c’est un message de réactivité que je peux donner aux plus jeunes, qui impose d’être sensible au temps bref, à l’instant où il faut faire des choix, mais il faut être armé pour faire ces choix.

Et puis, quelque chose qui est plus du vécu, par l’expérience et l’accompagnement qu’on doit donner dans la constitution de l’expérience des plus jeunes, sur, effectivement, du temps plus long, de la réflexion avant la prise de décision. Ça s’apprend peut-être un peu, ça se vit beaucoup, et je dis toujours : « J’ai eu la chance d’avoir une vie très épanouie, privilégiée, parce qu’il y a des gens de qualité qui m’entourent et qui sont autour de moi, et que je sais que j’ai besoin de la confiance et du regard qu’ils ont sur moi, pour que moi je puisse avoir un regard de meilleure qualité sur ce qui m’entoure. »

Entretien réalisé le 9 octobre 2008

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