Guy Bedos – éthique et engagement

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Transcription de la vidéo

Vous faites partie des personnes publiques qui n’hésitent pas à s’engager pour des causes. C’est une façon de vivre l’éthique ?

Je sais que ça peut surprendre parfois, mais je m’engage dans des croisades suspectes aux yeux de certains, parce qu’ils se disent :  « Oh ! C’est pour faire bien, c’est pour avoir une bonne image publique, etc. » Par exemple quand on m’appelle, par exemple DAL, Droit Au Logement, et puis que je vois des femmes africaines, maghrébines couchées par terre avec leurs enfants, parce qu’elles sont très mal logées. Elles, ils – parce que c’est des couples –, des femmes qui ont leurs papiers, qui travaillent, les enfants sont scolarisés et tout ça, mais elles ont préféré venir passer la nuit dehors par moins cinq, plutôt que d’accepter les loyers très chers que font payer les marchands de sommeil, les hôtels avec des rats, trop petits, bref, invivables ! Il y en a des centaines et des centaines. Et tout d’un il y a des gens qui sont surpris, par ce que c’est le côté : « Ah ! Lui il habite dans un beau quartier, pourquoi est ce qu’il… ?» Voilà ! Mais moi ça m’empêche de vivre, de savoir que des gens, des gens de chez moi… – ben oui, j’apprécie –, mais je me dis : « C’est hallucinant, au point où on en est de la civilisation, qu’on ne soit pas plus avancés dans la fréquentation de l’autre.»

Il y a une phrase que disait Jacques Brel que j’aimais beaucoup, et Jacques Brel et la phrase. Il disait : « J’ai mal aux autres. » Mais putain de Dieu! Que des gens ne puissent pas comprendre que sans aucune espèce d’arrière-pensée, de « moi je », on puisse être touché par la misère du monde, et qu’on puisse s’engager ! On peut être un homme et défendre les femmes, on peut être un blanc et défendre les noirs, et on peut être relativement à l’aise et défendre les pauvres ! C’est le minimum, ça! Pour moi ça rejoint cette idée d’éthique, voilà. Je ne me pose même pas la question : quand je suis approché pour telle ou telle croisade, je ne réfléchis même pas, je fonce !

Souvent je pense à cette phrase qu’on avait inventée pour les juifs : « Leur seul crime est d’être nés. » Mais il y a des tas de gens qui n'ont commis que ce crime : des Africains, des Maghrébins, des gens d’ici, des gens d’ailleurs. Ils sont nés pour être martyrisés. C’est quelque chose de très choquant. Très!

Entretien réalisé le 30 novembre 2007

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