Gilbert Cotteau – éthique et médecine

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Transcription de la vidéo

Vous avez eu récemment une expérience d’ordre éthique dans le domaine médical. Voulez-vous en témoigner ?

Oui, c’est un exemple très récent mais personnel, puisqu’il là ne s’agit pas de ce que j’ai fait, mais d’une situation, d’un état de santé auquel j’ai été confronté. Il se fait qu’à mon âge je savais depuis longtemps, comme beaucoup de gens d’ailleurs, qu’il faut faire extrêmement attention pour sauvegarder l’intégrité de son corps. Le corps, d’abord c’est nous, on n’est pas coupé en petits morceaux : il n’y a pas le corps, l’âme, l’esprit, quels que soient les mots qu’on emploie. Et je savais que si j’étais confronté à une maladie ou à quelque chose qui nécessitait une intervention chirurgicale, il fallait que je demande conseil, d’autant que j’ai la chance d’être entouré d’amis médecins. Et pour une raison que je ne m’explique pas, je ne l’ai pas fait. Localement, je me suis laissé embarqué dans un centre hospitalier, où en fait le chirurgien que j’ai rencontré, sur lequel encore aujourd’hui je ne porte aucun jugement quant à sa compétence, a utilisé un mode opératoire pour une opération bénigne, sans me dire qu’il y en avait plusieurs, sans m’expliquer en fait.

En fait j’ai constaté qu’un chirurgien, et je pense qu’il doit y en avoir beaucoup,  pouvait, confronté à un patient, prendre une décision d’intervention, ou de traitement s’il ne s’agit pas d’intervention chirurgicale, sans expliquer, sans donner toute l’information, et sans associer le patient à la décision qui doit être prise. Ça, pour moi, c’est un problème éthique grave. C’est-à-dire considérer que l’autre, parce qu’il souffre, parce qu’il est confronté à une douleur physique, un peu comme si d’un seul coup il devenait un objet, « on va le traiter », ou une voiture, « on va remplacer une pièce ». Et je dois dire que cela me pose un problème. Alors d’une part je n’en veux pas au chirurgien en question, mais je suis convaincu que ce genre de situation, comme celle-là ou autrement, est vécue par des milliers pour ne pas dire des millions de Français. Et j’aimerais, je ne sais pas encore comment, mais j’aimerais faire prendre conscience au corps médical, aux politiques, aux médias – je ne sais pas encore ce qu’il faut faire –, que ça n’est absolument pas acceptable de considérer qu’un être qui souffre puisse perdre sa liberté de jugement et de décision. Je ne sais pas si j’ai été clair dans mon propos. Mais en même temps je dois signifier que le premier responsable, dans mon cas, ce qui n’est probablement pas vrai pour tout le monde, c’est moi. Il eût fallu que je m’informe avant.

Entretien réalisé le 360 novembre 2009

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