François Goulard – éthique et connaissance de soi

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Transcription de la vidéo

En quoi, selon vous, le fait d’apprendre à se connaître peut-il avoir une utilité en matière de vie éthique ?

C’est inséparable ! Celui qui ne se connaît pas, qui ne fait pas l’effort de se regarder lui-même ne peut pas dire qu’il a un souci d’éthique ! Il faut essayer d’aller au fond de soi-même, de ce qui vous a motivé, de vos intentions réelles, parce qu’on se trompe soi-même, on essaie de s’abuser soi-même, on se raconte des histoires à soi-même, on se dit : « Je l’ai fait là pour de nobles raisons » et si on réfléchit un tout petit peu, c’est beaucoup moins noble, bien souvent ! Donc, je pense que la connaissance de soi est un préalable. Il n’y a pas d’éthique sans connaissance de soi.

Cette connaissance de soi, vous la percevez comme un apprentissage progressif de toute une vie, ou vous dites : « C’est un préalable »

Oui, c’est un préalable. Si vous voulez je sépare les étapes, mais évidemment ça se passe en continu. Réfléchir sur ce qu’on fait, sur ce qu’on est, sur son propre comportement, c’est un processus continu, qui est indispensable et dont découle l’éthique. Mais évidemment, à vingt ans on a une éthique, on en a une autre à cinquante ou à soixante, elles ne sont pas en contradiction, elles évoluent en fonction de la manière dont on se voit et dont on se voit dans la compagnie des autres, dans le rapport avec les autres. Ça se bâtit. Essayer de voir clair en soi est indispensable, ça donne toute sa valeur à la culture, à la fréquentation de la littérature, etc., parce que c’est quand même un des bons moyens de réfléchir à soi-même et à tous ces sujets-là. Je ne dis pas que si on est inculte on ne respecte pas de règles d’éthique, bien sûr non, mais ça aide en tout cas à un cheminement de connaissance de soi.

Est-ce que dans un parcours d’homme politique, d’homme public, on peut développer en soi de l’humilité ?

Ah oui ! C’est un danger permanent pour le public que de se croire important. La pire des choses, c’est quand on entre au Gouvernement, parce que là le décorum fait de vous un personnage, ce qui est souvent ridicule. Vous avez un beau bureau, vous avez une voiture impressionnante, des gens autour de vous, on vous marque de la considération où que vous alliez, donc on a tendance à se considérer comme important, ce qui est idiot parce qu’on n’est pas plus important qu’avant. On est important par ce qu’on fait, pas par les signes extérieurs. Mais l’homme public est toujours menacé de cela, il a toujours tendance à bomber le torse, je dirais que c’est presque un exercice obligé, et c’est aussi un danger, un véritable danger. L’humilité, c’est un devoir, c’est un devoir !

Que sommes-nous ? Franchement ! Y compris le plus célèbre des hommes publics ! Pour être un homme public qui a véritablement marqué, apporté, changé quelque chose, il n’y en a pas beaucoup dans un siècle ! On fait un métier qui a ses exigences particulières, qui a ses règles, mais je ne considère pas que je suis – à supposer que je sois important dans l’absolu – plus important que n’importe qui. Vraiment, ça fait partie de ma morale personnelle : je n’ai jamais considéré que j’étais quelqu’un d’important. Mais c’est relatif, parce qu’il y a des gens plus importants que moi dans l’ordre politique. Le devoir d’humilité est essentiel, essentiel !

Il y a quelque chose qui est très profitable pour ça, qui est de quitter une situation pour une situation un peu moins enviable. Ne pas rester trop longtemps au Gouvernement, par exemple, c’est très bon, parce que le matin où vous prenez le métro parce vous n’avez plus la voiture officielle, ça remet les choses en place assez vite. En quelques jours vous avez vite perdu l’habitude de vous considérer, si tant est que vous l’avez fait, comme quelqu’un de considérable.

Entretien réalisé le 15 novembre 2007

 

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