Amobé Mévégué – caractères et vertus

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Transcription de la vidéo

Quels sont les caractères éthiques qui vous semblent les plus nécessaires dans votre vie ?

Les valeurs éthiques m’ont été transmises, ou en tous les cas pour certaines, de manière totalement innée. J’ai pris une option pour la postérité, pour l’humanité, je dirais d’abord le respect. Je pense que c’est la première base, parce que le respect permet tout le reste. S’il y a le respect, je pense que le dialogue est possible, même avec son pire ennemi. Ensuite, le respect permet la solidarité. Donc respect, solidarité, et je pense que les deux suffisent pour légitimer le reste. A partir du moment où l’on respecte son prochain, on peut avoir un regard plus global sur le monde dans lequel on évolue, on peut sortir de sa propre existence quotidienne. Parfois, je sais que ce n’est pas toujours évident, mais en même temps c’est un faux argument de dire que c’est en fonction de la strate sociale qu’on occupe que l’on peut plus ou moins avoir des valeurs nobles à exprimer. On connaît des gens qui sont très modestes et qui ont des valeurs qui sont très nobles. Si vous allez dans certains pays du Sahel, où l’eau est une denrée rare et précieuse, vous serez surpris de voir que le premier acte posé par votre hôte, si vous allez chez lui, c’est de vous offrir un verre d’eau, alors que véritablement c’est plus qu’un chèque de dix millions de dollars.

Donc je n’indexe pas la noblesse des valeurs au pedigree ou à la masse en monnaie sonnante et trébuchante du patrimoine accumulé. C’est-à-dire que ce n’est pas la strate sociale qui engendre les plus nobles des valeurs. Ce serait plutôt même le contraire, lorsqu’on voit aujourd’hui, encore une fois, que la majorité de la population n’a pas accès à l’essentiel. Je vous parle du continent africain, parce que c’est celui que je connais le mieux : 30% des richesses minérales mondiales, un tiers du potentiel mondial et une majorité de population qui est considérée comme vivant avec moins d’un dollar par jour. C’est totalement inadmissible. Les responsabilités sont partagées, on ne va pas rentrer dans une rhétorique éthique politicienne, les Africains ont leur part de responsabilité. Mais justement, où est l’éthique lorsque la Commission Européenne, par exemple, décide que les nouveaux accords de partenariats économiques vont ouvrir le ciel africain et qu’on va pouvoir commercer, qu’il n’y aura plus de tarifs douaniers pour les produits européens qui arrivent en Afrique ? Ce qui va être totalement désastreux pour un certain nombre de filières qui étaient déjà précaires.

Donc je pense qu’il faut introduire la notion d’éthique à tous les échelons de la vie et notamment à l’échelon politique, parce que, malheureusement, les politiques, le pouvoir économique ont des incidences sur la vie quotidienne des populations, qui parfois ne sont absolument pas au parfum de ce qui se trame sous d’autres cieux et sous d’autres parlements. Je vous donne juste un exemple pour illustrer ce que je veux dire : il ne suffit pas de se dire que je vais passer mon permis et je vais apprendre à bien conduire. Malheureusement ça ne suffit pas pour sauver sa vie sur les routes, parce qu’en face de vous vous avez aussi des gens qui n’ont absolument aucun respect de l’essentiel. Donc c’est un peu la même chose : c’est la mondialisation. Nous pouvons être au cœur de l’Amazonie, aux Galapagos ou bien en Tchétchénie, on peut se retrouver du côté de Kibera, qui est l’un des plus grands ghettos d’Afrique de l’Est, et être totalement victime de décisions qui sont prises ailleurs.

Entretien réalisé le 10 janvier 2008

 

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