Jean-Noël Tronc – rapport à la mort

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Transcription de la vidéo

Est-ce que le fait de vivre d’une manière éthique change quelque chose dans son rapport à la mort ?

Est-ce que la relation qu’on a aux règles éthiques change le rapport à la mort ? Moi j’aurais plutôt inversé votre question, parce qu’ex abrupto je vous aurais répondu « Non ! »  A l’inverse il est possible, et encore je ne vous ferai pas part de mes convictions métaphysiques personnelles, mais il est possible que le rapport que l’on a à la mort affecte notre comportement éthique. Pour le dire autrement, la conviction d’une manière de survivre à la mort, quelle que soit la manière dont l’on interprète au plan métaphysique, puisse conduire les individus à un comportement plus éthique. C’est en tous cas là-dessus, si je voulais le dire un peu cyniquement, et ce n’est vraiment pas dans ma nature, que les religions ont fait leur fond de commerce. Et en même temps, si vous considérez un siècle particulièrement tragique de notre histoire qui est le XIVème siècle, le siècle de la Guerre de Cent ans, des grandes compagnies ravageant la France, de la grande peste et du grand schisme accessoirement, siècle ô combien religieux ! dans lequel la peur de la mort est omniprésente ; probablement plus du tiers de la population de la France disparaît en une générations du fait de la peste principalement. Si vous lisez les contemporains ou ce qu’on peut lire de ce que disaient les contemporains, les débats sur l’immoralité, la perte de repères, la perte de foi, le manque d’éthique, c’est le siècle ou probablement le rapport social et notamment les hiérarchies acceptées d’avec la noblesse se rompt, puisque du fait des grandes compagnies et du comportement individuel elle fait plus de pillages que de défense des faibles, la chevalerie perd le crédit qu’elle avait. On voit bien que le fait de vivre dans une société très, très largement religieuse, où l’obsession de la mort était permanente pour de bonnes raisons et où la certitude de la vie après la mort était partagée par l’immense majorité de nos comportements, n’a pourtant pas déterminé de comportements particulièrement éthiques.

Je m’en tire un peu par une pirouette en revenant au XIVème siècle, mais c’est pourquoi je vous disais à la première question « Non », à la seconde « Oui, peut-être ».  

Entretien réalisé le 29 août 2016

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