Nicole Ameline – éthique et politique

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Transcription de la vidéo

Est-ce que vous portez une attention particulière à votre propre éthique dans le cadre de votre vie politique et professionnelle ? 

Absolument. Je crois d’ailleurs qu’être élu c’est être doublement exemplaire à bien des titres. D’abord en terme évidemment d’intégrité, et tout simplement d’honnêteté, mais au-delà, de vérité. Et pour moi c’est très important : l’engagement doit être total. Je crois que j’ai toujours, et peut- être est-ce ce souci de la ligne droite qui a fait que maintenant je suis élue depuis plus de vingt ans sans jamais avoir eu la moindre difficulté et surtout avec un contrat éthique qui me lie à mes électeurs, comme il me lie aussi à mon environnement ici à l’Assemblée Nationale. Cela veut dire des principes, cela veut dire une exigence et cela veut dire un courage, parce que je ne vous cache pas que ce n’est pas toujours facile de faire prévaloir des principes supérieurs sur une tendance ou une évolution, qui peut être plus facile. En ce moment, par exemple, nous avons une dérive populiste dans notre pays, comme en Europe. Il faut réagir contre cela et le faire au nom de l’éthique républicaine ; et la République nous fournit cette base de réflexion et d’action. De la même façon, lorsque nous engageons un débat sur l’islam ou sur la laïcité, je mets tout de suite en garde tous mes amis en leur disant : ce débat doit être conforme aux principes fondamentaux du respect et de la tolérance qui sont aussi notre corpus de référence. Donc vraiment cela n’est pas seulement quelque chose qui m’anime profondément, c’est que j’en fais effectivement un principe d’action quotidien.

On sent aujourd’hui une certaine défiance des citoyens vis-à-vis des élites politiques. Pensez-vous qu’il soit possible de rendre l’action politique plus éthique ?

Vous avez raison. D’abord, c’est vrai que la politique, comme l’éthique, c’est à la fois des convictions mais aussi et avant tout des comportements. Et c’est cette cohérence qui fait que l’on est crédible ou pas. Qu’on ne s’y trompe pas, je ne suis pas parfaite, je ne suis pas exemplaire, mais j’essaie de l’être parce que j’ai une immense responsabilité ; je porte la confiance de mes électeurs et c’est pour moi très important. Je crois qu’ils jugent assez bien cette qualité et je vous rejoins, comme le faisait Tocqueville, en disant que lorsqu’il y a un décalage entre les élites et le peuple, le peuple chasse ces élites parce qu’il n’a plus confiance en elles. Donc je crois assez volontiers que la politique se reconquiert par l’éthique. Pour moi, c’est un principe. Et je n’aurais pas fait de politique personnellement si je n’étais pas passée par ce passage de l’éthique. Mais il me semble que le peuple, et c’est une très bonne chose, sera de plus en plus exigeant. Je suis un peu en désaccord aujourd’hui sur les grandes tendances démagogiques qui sont liées à certaines peurs. Et le courage – je crois qu’au fond c’est ça la beauté aussi de la politique – c’est de pouvoir dire « non » et de s’imposer sur d’autres valeurs.

Entretien réalisé le 14 mars 2011

 

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