Maxime Le Forestier – rapport à la mort

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Transcription de la vidéo

Vous arrive-t-il de penser à la mort ?

C’est curieux mais plus je vieillis, plus je pense à la mort. Oui, c’est vrai.

Il y a la mort des autres. C’est surtout celle-là qui me touche, parce que c’est vrai que passée la soixantaine, déjà quand on a perdu ses parents, puis on perd ses copains et quelque fois des gens qui sont plus jeunes que nous. Je n’arrive pas à les effacer de mon portable ; j’ai les téléphones de plein de gens qui sont morts que je n’arrive pas à effacer. Ma mort ? Bon, ça sera dommage, évidemment, de quitter tout ça, mais c’est obligatoire.

Vous avez eu la foi jusqu’à l’âge de raison, et après ?

Ah oui, après j’ai eu quelques raisons de ne plus écouter ces gens-là.  

Mais avez-vous le sentiment que les choses peuvent continuer ?

Oui, j’ai des ruches, des abeilles, chez moi, qui me font du miel. C’est marrant comme un essaim ça ne meurt jamais ; ça se renouvelle, ça crée une nouvelle reine, Oui, Oui. J’ai fait une chanson là-dessus qui s’appelle Le Petit air. C’est la seule fois où j’ai vraiment, j’ai vraiment réfléchi à l’Au-delà. Je m’étais aperçu…  J’avais fait un travail pour un éditeur sur la mort dans la chanson. Bon, je vous passe les grandes chansons réalistes, etc., où il y a forcément un mort, minimum, et je m’étais attaché plus particulièrement aux grands auteurs-compositeurs du 20e siècle : Ferré, Brassens, Brel. Brassens, la mort est féminine. Il y a toujours une femme dans le coin : soit les femmes de l’Au-delà sont mieux que celles d’ici, soit il va sauter la veuve, soit une ondine vient gentiment sommeiller sur sa tombe. Brel, lui, il meurt pour emmerder les vivants : c’est Le dernier repas, c’est ces choses-là. Ferré c’est sombre, c’est atroce, « ne chantez pas la mort, c’est un sujet morbide ! » Et je me suis dit : « Tiens, je n’ai jamais réfléchi à ça, au futur, à l’avenir, à ce qu’on devient » et finalement je me suis dit : « Pfft, s’il y a juste un petit air qui reste et qui est chanté dans je ne sais pas combien de temps par quelqu’un, ça me suffit comme survie. »

Entretien réalisé le 17 mars 2016

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