Macha Méril – éthique et expériences vécues

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Transcription de la vidéo

Pourriez-vous nous raconter un événement de votre vie qui a eu sur vous un impact profond sur le plan éthique ?

C’est un peu un cliché, mais c’est une chose que j’ai vue de mes yeux. J’ai vu des enfants un peu voyous qui tabassaient un clochard. Ce clochard, je le connaissais : il s’appelait Kamous. Je l’entretenais un peu. Il avait une machine à écrire, complètement défoncée, et il tapait toute la journée. Je lui disais : " Kamous, qu’est-ce que tu fais ? " " J’écris mes mémoires – il était complètement alcoolique – et je te les donnerai parce que je n’en ai pas pour longtemps à vivre." Et il m’a donné ce texte. C’était admirable. C’était d’une écriture complètement inexacte, avec des successions de mots qui n’allaient pas ensemble, mais finalement il y avait quelque chose de vraiment très poétique qui se dégageait de ça. Un jour j’ai appris que des enfants l’avaient tabassé, je suis descendue, je l’ai vu de mes yeux, j’ai un peu chassé ces enfants et je me suis aperçue que je ne suis pas arrivée à expliquer à ces enfants que cet homme, qui était délabré, qui était vraiment un déchet humain – il vomissait sur lui, il est mort très peu de temps après –, avait une valeur, qu’il existait, que moi je le savais et que j’avais même la preuve de cette existence.

Vous savez, la devise de ma famille c’est « Être et ne pas paraître ». Toute la question est là. C’est que ces enfants ils ne voyaient que le paraître de cet individu et qu’ils n’avaient pas pensé à son être. Je crois que c’est ça vraiment le but de toutes les laideurs que nous voyons autour de nous, c’est de les ramener au droit à être. Nous avons tous le droit d’être.

Entretien réalisé le  20 septembre 2007

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