Jean-Noël Tronc – transmission

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Transcription de la vidéo

Comment transmettre l’éthique ?

Vous êtes mieux placé que moi pour répondre à la question, mais à la fois en tant que parent et ayant eu une expérience très modeste d’enseignant, métier que j’admire infiniment… J’ai moi-même eu un très, très grand plaisir - alors il s’agissait d’étudiants de l’enseignement supérieur - mais j’ai eu un très, très grand plaisir à enseigner et je pense que c’est encore une fois une tâche admirable, parce que justement il s’agit de transmettre. Et notamment pour des étudiants, donc pour des adultes, de jeunes adultes, on ne peut pas transmettre simplement par un acte d’autorité. La question de la transmissions de l’éthique, pour dire les choses de manière un peu familière, est un sacré problème, parce que dans une société de liberté, et elle est un de nos plus beaux acquis historiques, donc il faut vraiment se battre pour la faire survivre et prospérer cette société de liberté, une des conditions de sa survie et de son développement c’est justement que la règle éthique non seulement perdure, mais même se renforce et se généralise. On l’a suffisamment dit lors de cet échange. Et donc pour en venir à des choses extrêmement pragmatiques dans le sens de la question que vous me posez : comment faire ?

Je crois qu’il y a une alchimie à trouver entre une transmission qui est de nature culturelle, au sens où les philosophes, la règle morale héritée du religieux et les expériences que nous enseignent l’histoire, le tout traduit par les artistes ; ça je le crois profondément. Combien de livres, combien de films, combien même de chansons peuvent mieux que tout acte social transmettre une idée du bien  et du mal, une idée du comportement éthique ! Tout ça forme un ensemble qui, pour reprendre la question de l’enseignement, depuis l’école maternelle (on le voit bien dans les contes ou dans leurs traductions, dans les ouvrages ou les comptines qu’on peut apprendre aux enfants) jusqu’à l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, c’est ce substrat-là qui peut permettre de faire passer la règle éthique, sans être  dans une démarche qui soit, soit moralisatrice, soit théorique.  Parce qu’il y a effectivement deux écueils : l’écueil moralisateur, si l’on veut, et je crois encore plus l’écueil théorique, qui est que ça passe au-dessus de la tête des gens, pour être clair.  C’est la première des deux conditions que je vois.

La deuxième c’est de développer des outils appropriés et les outils appropriés, ils seraient évidemment adaptés selon l’âge du public et le profil auquel on s’adresse : on ne parlera pas d’éthique de la même manière à des étudiants du supérieur en philosophie et à des enfants d’école primaire et dans le cadre professionnel on devra nécessairement adapter ce qu’on dit sur l’éthique au cadre pratique. Et je reviens à ma propre expérience de vie : c’est vrai que cette expérience, c’est tout à fait accidentel, que j’ai faite au début de ma carrière dans une entreprise américaine avec ce qu’on appelait des ethical standards, avec des aspects qui pouvaient paraître peut-être un peu moralisateurs ou un peu naïfs, s’est révélée être très efficaces et très utile.

Donc voilà, en conclusion, sur  la question plus pratique du « comment enseigner, comment transmettre ? » Encore faut-il qu’il y ait une volonté d’enseigner et de transmettre, encore faut-il que le système éducatif, que le système d’enseignement supérieur et que les organisations, que ce soit les entreprises ou les administrations, prévoient des formations à l’éthique, et ça semble une évidence quand on a conversé comme nous venons de le faire pendant un moment sur l’éthique. Je pense qu’on est encore très, très loin dans nos sociétés et notamment en France d’une démarche systématique dans ce domaine. Et deuxièmement il faut des outils pédagogiques simples, il faut des outils interactifs, il faut des outils qui soient fondés sur l’histoire et la culture, qui sont encore une fois les meilleurs véhicules pour transmettre cette vision de l’éthique, que l’on peut croire, souvent à tort d’ailleurs, tous partager, mais surtout que l’on puisse illustrer concrètement.

Entretien réalisé le 29 août 2016

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