Gisèle Casadesus – éthique et vie professionnelle

Transcription de la vidéo

Quand on est comédienne, quels sont les risques principaux de dérive éthique auxquels peut conduire la carrière ? 

Mais oui, faire attention de ne pas être trop braqué sur son propre nombril. Il faut regarder un petit peu ailleurs que vers soi-même. Mais fatalement, en tant que comédien ou comédienne on est appelé à regarder beaucoup vers soi et il faut se méfier. C’est ça dont il faut se méfier, d’être trop, comment dirais-je ? Trop tenté d’être sur soi-même pour s’ouvrir à l’extérieur ou aux autres. C’est pas toujours facile.

Quels ont été vos garde-fous ?

Eh bien la chance d’avoir une vie personnelle bien remplie. Car déjà tout enfant, paraît-il, je disais : « Quand je serai grande, je ferai du théâtre et j’aurai des enfants ! » Alors on disait : « C’est incompatible, on fait l’un ou l’autre ». Non, pas du tout ! Et c’est vrai que j’ai eu la chance de réaliser, à peu près bien quand même, mes envies d’enfants. J’ai eu la chance d’avoir une vie personnelle bien réussie, voilà.

Vous qui n’aimez pas les conflits, comment vous y preniez-vous quand vous étiez confrontée à un climat professionnel qui n’était pas agréable ?

J’essayais toujours d’aller vers le climat paisible et sympathique, et de ne pas prendre part aux conflits. Ça c’est… Je n’aimais pas du tout être prise à partie pour soutenir tel ou tel et, non. J’aimais, j’aimais bien que la paix règne.  Alors c’est pas de la lâcheté, mais c’est un besoin d’être dans un climat de sympathie. Et j’ai quand même eu beaucoup de chance à la Comédie Française, qui est quand même un endroit où on vit en vase clos et où souvent les passions peuvent s’exaspérer. Non, quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. C’est vrai.

Est-ce que vous avez eu à subir la jalousie  au cours de votre carrière ?

Je crois, un peu, mais j’ai essayé de ne pas en souffrir ou de ne pas le voir. On me disait toujours : « Mais tu ne vois pas ce qui se passe autour de toi ? Non, parce que, même involontairement, j’essayais de voir ce qui était agréable. J’ai eu la chance d’avoir quand même, ça a pas toujours été facile, mais d’avoir la chance d’avoir une vie aussi à côté. Une vie. Il n’y avait pas uniquement le théâtre ou ma vie artistique. Ça comptait et ça compte, mais j’avais à côté aussi une vie qui me ramenait dans la réalité. Non, c’est vrai que c’était pas très facile toujours, mais quand même j’ai réalisé ce que je voulais depuis toujours : faire cette carrière et avoir une vie personnelle normale.

Que pensez-vous du star système d’aujourd’hui, où dès qu’un talent commence à peine à pousser, on le monte médiatiquement ?

Oui oh, ça c’est c’est le drame de l’époque, enfin le drame non, c’est là, oui. Ça a toujours été un peu comme ça, oui, de vouloir se se montrer. Non, c’est pas très commode pour les jeunes, parce qu’autrefois, peut-être,il  y avait... D’abord il y avait beaucoup moins de débouchées et le comédien était vraiment dans son, dans ses rôles. Alors maintenant, c’est, tout de suite: il faut paraître et c’est de ça, pour les jeunes, de quoi il faut se méfier. C’est tout ce côté, qui est très tentant de l’extérieur. « Ah on a parlé de moi, on va parler de moi ! » Non. Évidemment ça fait partie aussi du métier, mais il faut être très vigilant. Faut pas se laisser emporter, griser par un premier succès. Mais donner des conseils c’est un peu difficile.

Quel genre de conseil pourriez- vous donner à de jeunes comédiens pour les aider à garder cet équilibre, à ne pas tomber dans le nombrilisme ?

Déjà donner un conseil, des conseils... Je me méfie un peu de donner des conseils. Mais parce que c’est difficile, non pas de se mettre à la place de l’autre, mais lui transmettre ce qu’on a aimé, ce pour quoi on a senti qu’on pouvait peut-être être dirigé. Non, donner des conseils… un avis. Et puis, oui, d’avoir la chance de faire ce qu’on aime, déjà, c’est un tel privilège ! Alors nos métiers, si on a choisi, il faut choisir aussi d’accepter ce qui ne marche pas ou ce qui déçoit. C’est pas toujours facile, mais on l’a choisi, on l’a voulu. C’est ce que je dis à mes enfants, enfin ce que je disais quand ils étaient jeunes : « Si vous choisissez, c’est que vous aimez. Attendez-vous au bon et au mauvais, mais allez-y carrément ! »

Entretien réalisé le 14 novembre 2014

 

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