Gilbert Cotteau – caractères et vertus éthiques

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Transcription de la vidéo

Les satisfactions personnelles pourraient générer une forme d’orgueil. Comment le gérez-vous ?

Ça c’est toujours difficile. Je trouve qu’entre l’orgueil et le comportement cohérent, il y a une feuille de papier à cigarette, me semble-t-il. C’est-à-dire qu’il faut constamment faire attention à prendre une décision qui ne soit pas évidemment pour se faire plaisir. Mais en même temps, alors là aussi par expérience, je crois pouvoir dire que quand une décision est juste, « bonne » (entre guillemets), évidemment qu’on en retire une satisfaction. Si je prends la parole devant un groupe, qu’on me pose beaucoup de questions et qu’à la fin on me dit : « Vraiment, c’était intéressant, nous avons appris ! », évidemment que mon égo, mon « je » est content ! Mais qu’est-ce qui est le plus important à ce moment-là pour moi, en tout cas je présume ? C’est : « Ah, j’ai peut-être éveillé quelque intérêt chez des jeunes, par exemple que peut-être certains d’entre eux vont avoir un projet pour modifier une situation qui leur est insupportable ! » Mais là je suis extrêmement prudent, parce qu’encore une fois je me prends moi-même en flagrant délit de : « Est-ce que je suis ici ou est-ce que je suis là ? » C’est une feuille de papier à cigarette, mais en même temps ce sont les deux faces d’une même médaille.

Avez-vous une attente de reconnaissance ?

Je dois dire que je ne me suis jamais posé la question, parce que j’ai eu la chance de ne pas avoir à l’attendre.

Il y a deux ou trois ans, dans Paris, j’ai vu qu’une femme me regardait avec attention, et je me suis dis : « Tiens, elle me veut me parler, sans doute ! » Et donc j’ai vu qu’elle voulait traverser la rue, ce qu’elle a fait, et elle m’a dit : « Vous ne vous souvenez sans doute pas… » – elle m’a rappelé son nom, qui elle était, – je ne me souvenais plus – « Vous m’avez dit il y a dix ans ceci, je tenais à vous en remercier aujourd’hui parce que cela a eu beaucoup d’importance pour moi. » Évidemment j’avais complètement oublié – ce n’était même pas un incident –  ce qui s’était passé pendant cinq minutes avec elle. Et c’est en cela que je trouve que ce que m’avait appris Albert Schweitzer, à savoir que faire attention aux mots que l’on prononce parce que quand la personne est en face de vous on trouve les justes mots, ça va avoir un impact ou pas, mais en tout cas qu’on ne mesure jamais. Pour moi, la reconnaissance, je dirais que je l’ai de ces façons-là, très occasionnelles, très pratiques, mais ça me suffit très bien et je n’attends rien d’autre.  

Quels sont les caractères éthiques qui vous ont été les plus nécessaires dans votre vie ?

La première réponse qui me vient à l’esprit, c’est la vertu d’humanité dont parlait Confucius, c’est-à-dire la capacité qu’a l’être humain, s’il réfléchit, s’il le fait consciemment, de se mettre en pensée à la place de l’autre. Cela ne veut pas dire qu’il va prendre en charge l’autre, mais il va au moins comprendre ce que l’autre vit et donc probablement accepter des comportements chez l’autre qui lui paraissent critiquables. Quelqu’un qui est en souffrance, par exemple, a besoin d’être écouté, entendu. Il ne sera pas forcément courageux en même temps ; il ne peut pas. Donc cette vertu d’humanité me paraît rejoindre d’ailleurs l’attention que l’on porte à l’autre et la compréhension qu’on en a.

Entretien réalisé le 30 novembre 2009

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