Christian Boiron – caractères et vertus éthiques

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Transcription de la vidéo

Y a-t-il des caractères éthiques qui vous ont été plus nécessaires que d’autres dans votre vie ?

Oui. Le premier qui me vient c’est le courage. La clé, et je vous l’ai dit à plusieurs reprises, la clé du bonheur, la clé de l’authenticité et la clé de l’éthique – sans savoir qui fait l’œuf et qui fait la poule parce que cela on peut en discuter à plusieurs reprises –, en tout état de cause, la clé de ces trois-là, c’est le courage. Et pas n’importe quel courage. Dans mon bouquin sur le bonheur, je propose de réfléchir à des mots-clés comme courage, mort, justice, des mots forts, des mots qui structurent notre pensée. Et le courage structure notre pensée sans qu’on y réfléchisse beaucoup. En fait, il y a deux types de courage : il y le courage de faire des choses auxquelles on ne croit pas, et le courage de faire des choses auxquelles on adhère profondément mais qu’on a peur de faire ; on n’ose pas. Bien sûr, le courage d’être soi fait partie de cette catégorie-là. Je pense que le caractère éthique essentiel, c’est le courage.

Parce que le reste, c’est quoi ? Le reste, c’est la conscience de soi, c’est donc l’écoute. Et ça pour moi ce n’est pas un caractère, c’est une chance. Si j’ai du courage, je vais progressivement découvrir et exprimer davantage. Plus je vais exprimer, plus je vais en découvrir davantage. C’est comme une caverne qui se découvre au fur et à mesure où on en tire des richesses. J’ai l’impression que le courage d’aller vers l’inconnu, c’est toujours le courage : le courage d’affronter les autres, d’affronter le jugement des autres, le courage d’aller vers l’inconnu de soi. Etre soi, exprimer authentiquement ce que nous sommes, ça veut dire accepter de découvrir ce que je suis. Et accepter de découvrir ce que je suis, c’est du courage. Je vois bien, les gens qui hésitent, qui ont du mal, ce sont des gens qui n’arrivent pas à trouver en eux le courage d’affronter l’inconnu de ce qui est au fond d’eux-mêmes. La première fois où j’ai fait un peu de psychanalyse, ça m’a mis quatre ans. Parce que j’avais l’impression que j’étais chez les fous. C’était une époque où, il y a vingt ans, on n’en parlait pas. On allait voir le psychanalyste quand on était fou. Ce n’était pas quand on était en bonne santé pour rester en bonne santé, ce n’était pas vraiment la définition. Tout ce travail d’investigation, d’approfondissement de soi, sont des actes qui nécessitent du courage, d’abord parce que cela s’oppose à ce que disent les copains : « Arrête, reste avec nous ! » Et puis cela s’oppose beaucoup à ce que l’on a peur éventuellement de trouver à l’intérieur de soi. Pour moi la clé, vraiment la clé de l’éthique, c’est le courage.

Entretien réalisé le 11 décembre 2007

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