Amobé Mévégué – sensibilisation à éthique

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Transcription de la vidéo

Qu’est-ce qui vous a sensibilisé à l’importance de l’éthique ?

Je ne me suis jamais posé la question. Je pense que le déterminisme personnel est essentiel. Je pense que cinq enfants d’une même fratrie ne donnent pas les mêmes individus, même s’ils ont été élevés dans le même cocon. Je ne saurais expliquer ça ; c’est quasiment presque de la psychanalyse : c’est dans mon moi profond qu’il faut que j’aille chercher. Je pense que nous avons tous des défauts, mais que l’on se pose ces questions métaphysiques : qui suis-je ? Où vais-je ? Quel est le sens que je peux donner à ma vie ? Est-ce que je suis plutôt dans la matérialité, plutôt dans la spiritualité ? Comment est-ce que j’évolue dans un monde où, effectivement, on voit que la majorité n’a pas accès à l’essentiel, 1,5 milliard n’a pas accès à l’eau potable? Alors c’est peut-être aussi dû au fait que je suis né dans un continent où la majorité des gens, bien qu’ils habitent la terre la plus riche du monde, sont considérés comme les gens les plus pauvres de la planète. Encore que ce ne soit pas une vérité absolue, puisque la majorité de ceux qui habitent dans ce continent n’ont pas forcément une vision que je pourrais partager avec eux.

J’ai eu un parcours exceptionnel, au sens où je suis né en Afrique, j’ai évolué en Francité, je suis arrivé à Lyon – je ne raconte pas ma vie, mais je vais faire un petit topo quand même -, chez les gones, c’est comme ça qu’on appelle les mômes, à Lyon, avenue de Gerland, juste en face du grand stade. Cela fait donc plus de trois décennies que je vis en Francité, que j’ai la chance de voyager beaucoup, de rencontrer des gens de toutes les strates sociales, et à un moment donné il arrive – en tous cas c’est comme ça que ça m’est tombé dessus, je ne sais pas si c’est génétique -, mais en tous cas je me suis posé la question de savoir quel est le sens que je donne à mon existence, qu’est-ce que je vais faire de ma vie et en fonction des ces agrégats-là, comment est-ce que je peux, entre la projection d’une vie personnelle et familiale, avoir quand même un regard sur l’altérité, et voir quelle est la projection que je peux donner sur le monde, sur mon environnement, sur un secteur d’activités où on est très narcissique au départ, qui est celui de l’audiovisuel, la production audiovisuelle. Je produis des émissions de radio, de télévision, depuis vingt ans maintenant, en direction de l’Afrique mais aussi de la diversité en France, et je considère que c’est un vrai privilège de voyager, de rencontrer Danielle Mitterrand, David Bowie, tous les artistes qui m’ont fait rêver, Jimmy Cliff, etc. A un moment donné on peut avoir le vertige de soi-même si on prend le recul sur sa propre destinée, et là interviennent à ce moment-là, je pense, des questions que je ne labellise pas sous le sceau de l’éthique, mais des questions qui s’apparentent à l’éthique ou à la morale. Je suis un privilégié sur cette planète, je voyage, je vois des gens qui n’ont pas accès à l’éducation, je vois des gens qui n’ont pas accès à l’eau, qui n’ont pas accès à l’essentiel. Est-ce que je suis un témoin ? Est ce que je suis un acteur ? Et lorsqu’on commence à se poser ces questions-là, on est déjà un peu dans le périmètre sacré de l’éthique.

Donc je pense que c’est venu comme ça, je pense qu’on se pose tous ces questions à un degré ou à un autre dans le champ d’application de sa propre existence et à un moment on a plus ou moins de chance, en fonction des métiers que l’on peut exercer, de pouvoir joindre l’utile à l’agréable, savoir avoir une projection idéalistique de sa propre existence et en même temps de trouver une effectivité palpable sur l’exercice d’une profession qui vous fait voyager, rencontrer l’élite de la planète.

Entretien réalisé le 10 janvier 2008

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