Amobé Mévégué – éthique et société

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Transcription de la vidéo

Estimez-vous que l’état d’esprit actuel de la société favorise les comportements éthiques ?

Je dirais  « non », et sans vouloir jeter des « zones sombres » sur l’avenir des générations qui vont nous succéder, je pense qu’on a vraiment aujourd’hui atteint le paroxysme du cynisme dans un certain nombre de choses. On voit des choses ! Je vais vous donner un exemple incroyable : j’ai appris il y a peu qu’une résidence dans le Sud de la France, après la disparition de l’Abbé Pierre – pour vous qui nous regardez, l’Abbé Pierre a été un prélat qui, pendant de nombreuses années, a donné sa vie à une fondation qui s’appelle Emmaüs. J’ai eu le privilège aussi, toujours autour des questions de l’eau, de contribuer à certaines de ses œuvres. L’Abbé Pierre, lorsqu’il a disparu, a été considéré pendant de nombreuses années comme le Français le plus aimé des Français. Une région dans le Sud de la France a décidé de donner le nom de l’Abbé Pierre à une résidence ; les riverains se sont insurgés, en disant que si l’on donnait le nom de l’Abbé Pierre à leur résidence, ils allaient perdre de l’argent en valeur immobilière, tout simplement parce que l’Abbé Pierre était l’ami des pauvres.

C’est un exemple pour vous dire que nous sommes dans une période où la matérialité semble avoir envahi tous les chefs de pensée, et que je ne suis pas très optimiste quand je regarde le cynisme par lequel certaines personnes, qui ont des leviers de pouvoir qui pourraient changer la donne, pour la majorité, n’hésitent par à s’arc-bouter sur des conceptions qui sont purement matérialistes. Donc oui, aujourd’hui il y a danger, mais j’ai encore de l’espoir, sinon il n’y a plus qu’à se...

L’euthanasie ? Encore une question éthique. Je ne vais pas m’euthanasier, je suis en pleine forme, mais je pense qu’il y a des bastions de résistance qui doivent s’organiser. Cette initiative qui veut filmer des gens d’origines diverses et variées, ethnico, culturello, voir plus si affinités, je trouve que c’est une bonne initiative. Je pense qu’il devrait y avoir davantage de médias citoyens, je pense qu’il devrait y avoir des comités de vigilance, davantage de rencontres entre les gens, parce qu’on comprend tout de suite que dès que les gens se parlent, dès qu’ils commencent à appréhender davantage l’autre, tout de suite le dialogue peut s’instaurer. C’est davantage dans les ponts, les liens entre les différentes composantes fragmentées de la société, c’est dans ces ponts à établir avec eux que se trouve, selon moi, la voie pour juguler cet état d’esprit un peu nauséabond qui semble planer au-dessus de nos têtes.

Y a-t-il pour vous un rapport entre développement durable et éthique ?

Je pense qu’aujourd’hui c’est bien sûr pour des raisons éthiques qu’un certain nombre de gens pensent qu’il est temps que l’homme se pose la question de la protection de l’environnement, du réchauffement climatique; mais je pense aussi que, par cynisme, ce n’est pas pour ces raisons-là qu’on va pouvoir juguler le problème. J’entendais un spécialiste dire que si l’on réussissait à convaincre les pollueurs qu’ils gagneraient davantage d’argent en évitant de polluer, c’est grâce à ce cynisme-là qu’on arriverait peut-être à juguler ces questions qui sont celles du réchauffement climatique, qui créent vraiment des problèmes un peu partout. Vous avez vu la question des OGM : même si on parle d’un moratoire, c’est quand même incroyable de dire à des populations, parfois dans des pays où elles occupent le bas de l’échelle, qu’elles sont sous-tendues à utiliser les semences produites par des groupes industriels qui sont basés à Pétaouchnoc, et ces gens sont obligés, d’une saison à l’autre, de recourir encore à ces mêmes semences ! Si on pose la question éthique au coeur du dispositif et du débat, on va s’arracher les cheveux. Il ne m’en reste déjà pas beaucoup et je pense que seule une réponse économique viable pour ces conglomérats capitalistiques va permettre de protéger les populations et notamment les paysans. C’est-à-dire que je ne pense pas que c’est pour des raisons éthiques que ces groupes capitalistiques vont reculer. Ils ne reculeront effectivement que s’ils trouvent profit par des moyens divergés, divergents, et c’est à nous de trouver la solution.

Entretien réalisé le 10 janvier 2008

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